Genèse des Artisans de Paix

 
 
Le Sinaï

« Que les plus actifs, les plus scientifiques,
soient les plus contemplatifs
dans le monde qui vient »
Claire Lisle (1927-1989)

C’est en faisant mémoire de sa fille défunte, Claire Lisle, que Madeleine Frapier crée en 1994 l’association des Artisans de Paix dont le projet est de rassembler juifs, chrétiens, musulmans et scientifiques, dans le désert du Sinaï, afin de prier pour la paix. L’espérance du Projet est de donner un lieu permanent au Souffle du rassemblement d’Assise proposé par Jean Paul II le 25 janvier 1986, jour de la fête des chrétiens pour l’Unité. Sans le savoir, Madeleine Frapier reprend un projet inspiré par Anouar El Sadate, à la différence près que par amour pour sa fille, elle mentionne les scientifiques dans son projet de rassemblement. En effet après son voyage à Jérusalem, Anouar el Sadate a désiré être enterré dans le Sinaï qui allait être rendu à l’Egypte. L’architecte français Pierre Vago (1) et son ami l’architecte israélien Alfred Mansfeld ont eu sans se concerter l’idée d’un sanctuaire des trois religions monothéistes au Sinaï. Ils travaillent à ce projet avec leur homologue égyptien, l’architecte El Rimaly qui avait songé de son côté à quelque chose d’analogue : trois lieux de culte en un seul lieu de rencontres, de méditations, de prières, avec une seule porte d’entrée. Ce projet aurait été réalisé si la vie d’Anouar el Sadate n’avait été écourtée.

Paula Kasparian rencontre Madeleine Frapier en plein ciel, au retour du premier Festival des Musiques Sacrées de Fez, le 15 octobre 1994, jour de la fête de sainte Thérèse d’Avila. Elle est alors en train de travailler une thèse de philosophie sur « Le Toucher de l’Esprit » qui a quelque chose à voir avec le « Château Intérieur » de sainte Thérèse d’Avila. Le « Toucher de l’Esprit » (2) est le Lieu Un de la Connaissance Corporelle (sans bruit de mots) à la frontière des sciences, des religions et des nations. Sa rencontre avec Madeleine Frapier est providentielle : Madeleine a eu l’idée d’engager sur le terrain, ce qui correspond très exactement à l’engagement intellectuel et spirituel de Paula. Cette rencontre se fait sous le signe de sainte Thérèse d’Avila.

A la lumière de sa propre expérience de « Toucher de l’Esprit » qui commence dans la nuit du 25 janvier 1982 quatre ans avant l’annonce de l’événement d’Assise, par une expérience de Souffle puis de reddition du Souffle à la Racine de la conscience, et qui continue dans les années suivantes par un travail exégétique visant la compréhension de ce qui lui arrive en compagnie de Paul Beauchamp sj (3), Paula Kasparian entend qu’elle est appelée à réaliser le projet Artisans de Paix non pas sur le site géographique du Sinaï mais dans le Souffle du Sinaï.

Jusqu’à son dernier souffle, la nuit du 25 janvier 2002, Madeleine Frapier voyage pour réaliser son projet sur le terrain. Pendant ce temps, Paula Kasparian inaugure le 24 janvier 1997, les conférences Artisans de Paix, faisant le pari qu’en s’enracinant dans ce que signifie Sinaï dans la diversité des traditions religieuses mais aussi culturelles au sens large, l’humanité trouve matière pour faire alliance sans syncrétisme ni confusion. Le Souffle du Sinaï est la Mémoire vivante des théophanies de Moïse, d’Elie et des récits évangéliques de la Transfiguration. Ces récits deviennent en 1998 le signe de reconnaissance des Artisans de Paix grâce au cri du coeur de Raphaël Draï (4) et à l’adhésion de Ghaleb Bencheikh (ⁱ5).

« Comme Moïse, Jésus et Elie s’entretiennent dans les récits évangéliques de la Transfiguration, Juifs, Chrétiens et Musulmans sont appelés à s’entretenir. Ceci est un véritable changement de paradigme du rapport entre les religions » s’écrie Raphaël Draï ; « et ceci devrait transfigurer la matière du monde » continue Paula. L’espérance de donner un lieu permanent au Souffle d’Assise, devient celle de manifester l’Unité plurielle des serviteurs de Dieu avec l’institution d’un Peuple de peuples artisans de paix. Des Bouddhistes ont rallié nos entretiens. Ils se reconnaissent non pas dans une personne mais dans l’élément même de transfiguration de la matière. Le sens de la fête de sainte Thérèse d’Avila demeure au cœur de la pensée et de l’action des Artisans de Paix, qui ne peuvent progresser dans le monde, qu’en s’enracinant dans ce qui n’est pas du monde.

C’est l’expérience spirituelle contemplative (avant que des mots ne viennent pour dire la chose) qui est la base du dialogue du Salut sur lequel se fondent les 2 autres dialogues interreligieux des Artisans de paix : celui du Sens et celui de l’Action. Elle se donne à goûter et à sentir dans les réunions interreligieuses de prières et les retraites interreligieuses monastiques des Artisans de Paix. Il s’ensuit une Anthropologie et une Epistémologie nouvelles qui demandent à être vues et entendues dans des séminaires de recherche (Dialogue du Sens). Enfin la vocation des Artisans de Paix se réalise lorsqu’ils se laissent toucher par l’Avenir que Dieu veut leur donner, l’avenir s’inaugurant au présent et renouvelant constamment la mémoire du passé.

La merveille c’est que Dieu a de la suite dans les idées et donne à notre vie une continuité et une cohérence que nous ne pourrions pas nous donner nous-mêmes : c’est la dimension prophétique du groupe Artisans de Paix. L’espérance du Projet de Madeleine Frapier de donner un lieu permanent au Souffle du rassemblement d’Assise proposé par Jean Paul II le 25 janvier 1986, jour de la fête des chrétiens pour l’Unité, devient la proposition faite par les différentes religions et divers courants de pensée représentés parmi nous, d’un itinéraire de l’âme en marche vers son Seigneur, symbolisé par le Logo des Artisans de Paix. Cet itinéraire est un apprentissage de la patience et de la tolérance, en même temps que de la joie et de la paix à goûter parmi nous aujourd’hui.

 

1 Pierre VAGO, une vie intense, éd. Archives d’Architecture Moderne, 2000, p. 416.

2 Intitulé de la thèse soutenue par Paula KASPARIAN en 2001 dans le cadre du Laboratoire CNRS de Philosophie, Centre de Recherche d’Histoire des Idées de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Nice – Sophia Antipolis

3 Paul BEAUCHAMP est l’auteur de l’Un et l’Autre Testament, jésuite, professeur d’exégèse biblique à la Faculté de théologie du Centre Sèvres, décédé en 2001. Pour lui, le rapport entre l’un et l’autre Testament est le paradigme de la relation entre l’Eglise et les religions non chrétiennes.

4 Raphaël DRAÏ est professeur émérite agrégé de sciences politiques. Il a entrepris de rapprocher la science politique – reliée à la psychanalyse – de l’univers biblique reconnu en ses sources originelles et dans sa pressante actualité. Il a publié entre autres aux éd. Fayard La sortie d’Egypte et une Trilogie sur La Communication Prophétique.

5 Ghaleb BENCHEIKH EL HOCINE, docteur ès Sciences et physicien, est le fils du regretté Cheikh Abbas qui fut Recteur de la Grande Mosquée de Paris et lui a transmis la tradition coranique depuis sa naissance. Il a enseigné à l’École Laïque des Religions. Président de la Conférence Mondiale des Religions pour la Paix (France) et vice-président des Artisans de Paix, il est administrateur de Démocratie et Spiritualité et présentateur de l’émission télévisée sur l’Islam à France 2. Il a récemment écrit : Alors c’est quoi l’Islam (Presses de la Renaissance, 2001 et 2002), L’islam et le judaïsme en dialogue (éd. De l’Atelier, 2002), La laïcité au regard du Coran (Presses de la Renaissance, 2005).


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