
Au fondement de l’Institut de Recherche Spirituelle Itinérant Artisans de Paix, constitué par des personnes de religions différentes, entre lesquelles se crée un Espace Éthique & Spirituel Artisans de Paix où l’accouchement de l’âme de l’un se fait en compagnonnage avec celle de l’autre.
Pour beaucoup de nos contemporains habitués à une pensée formelle, « l’esprit » évoque une abstraction. Pour celles et ceux qui ont pris conscience de la réalité du « souffle » qui anime leur corps, « l’esprit » est une réalité corporelle. Tel est le cas des « priants » dans la diversité des traditions religieuses : dans toutes les traditions spirituelles en effet, « le souffle » c’est « l’esprit ».
Pour les spirituels de toutes les traditions, « le souffle » c’est « l’esprit » certes, mais quel esprit ? Tous les « esprits » ne sont pas bons : certains conduisent vers plus de vie, d’autres vers plus de mort. Ceux qui conduisent vers la mort divisent la personne en soi, pour soi et pour d’autres. Ceux qui conduisent vers la vie, au contraire, unifient la personne en soi, pour soi et pour d’autres, sans jamais confondre les personnes, ni les lieux d’où elles viennent, ni les lieux où elles vont.
Pour les Artisans de Paix qui, par vocation, choisissent la vie (1ère demeure spirituelle), un « discernement des esprits » est nécessaire : c’est ce qu’ils appellent le « combat spirituel » (2ème demeure spirituelle). L’expérience du « Toucher de l’Esprit », c’est ce lieu en commun de l’expérience corporelle de l’Esprit qui souffle où Il veut, d’où Il veut, et illumine les Artisans de Paix (3ème demeure spirituelle, avec les risques de confusion que l’illumination comporte), en unifiant les personnes qui y consentent, en soi, pour soi et pour d’autres, sans jamais les confondre, ni confondre leurs traditions (4ème demeure spirituelle).
Pourquoi un « Toucher » ? Il s’agit de plus que d’une métaphore : il s’agit d’une expérience corporelle du Souffle qui se donne à toucher au point que le Souffle fait onduler le corps. Si je mets une majuscule à Souffle, c’est parce que ce Souffle, qui surgit dans le souffle humain, unifie la vie de la personne en soi, pour soi et pour d’autres. Il la réoriente, donne sens à l’existence, illuminant la vie et la mort qui apparaît désormais comme un passage. A ce stade, nous ne sommes pas obligés de parler de Dieu. Le toucher est celui du Souffle avec lequel le souffle humain entre en relation, et avec lui, le corps, l’esprit et l’âme de la personne. Chacun interprétera à sa façon ce Souffle, selon sa singularité et selon son enracinement particulier.
D’autres métaphores sensitives ne diraient-elles pas aussi bien la corporéité profonde de cette expérience ? Il s’agit de plus que de métaphores : il s’agit d’une expérience sensible du Souffle concernant tous les sens, oui. Il y en a pour le goût : « Goûter la saveur des fruits de l’Esprit ». Mais il y en a aussi pour l’olfaction : il est possible de sentir une odeur s’inhalant par les narines (à partir de l’intérieur du corps humain). Il y en a encore pour la vue : la vision varie en fonction du mouvement du Souffle. Il y en a enfin pour l’ouïe : « A l’écoute de la voix du silence fin », à l’école du prophète Elie. Oui, ces expressions résonnent dans l’esprit et le cœur des Artisans de Paix. Le goût et l’olfaction sont des sens du contact. La vue et l’ouïe supposent une altérité, même si la vision et l’audition sont intérieures. Le toucher, quant à lui, suppose un contact et une altérité, entre le corps de la personne concernée et le Souffle qui la transcende. Ce contact avec le tout-Autre unifie la personne, la mettant en relation avec ce qui la transcende en soi, pour soi et pour d’autres. Il est le ferment de l’unité plurale des Artisans de Paix. Voilà pourquoi le toucher de l’Esprit a une place à part parmi les 5 sens corporels de l’être humain, même si les 5 sens ont vocation à s’ouvrir à une expérience corporelle de l’Esprit.
Au fondement du mouvement Artisans de Paix
Le « Mouvement Artisans de Paix » est explicité dans la Charte qui institue l’association Artisans de Paix comme un engagement éthique et spirituel (5ème demeure spirituelle) consistant à questionner l’origine et la finalité de la vie, à vivre jusqu’aux frontières de soi-même et d’autrui, en occupant chacun la place unique qui est la sienne, pour chercher, recevoir et rayonner la paix, dans l’expérience partagée du « Toucher de l’Esprit » qui est l’expérience fondatrice des Artisans de Paix en tant que mouvement.
Ce « Mouvement » détermine la ligne unitive de crête des Artisans de Paix (6ème demeure spirituelle) : l’espace éthique et spirituel où les Artisans de Paix obéissent à la règle stricte de cultiver le respect et le tact entre eux, en s’invitant les uns chez les autres, sans s’assimiler les uns aux autres. Ils évitent les pièges de l’absorption d’une religion dans une autre, comme ceux de l’exclusion, ou encore ceux du relativisme des valeurs et des religions.
Parce qu’il n’a d’authenticité qu’en portant des fruits de paix, ce « Mouvement » se vérifie au sens où il se fait vrai, en s’expérimentant et en se perfectionnant sur le terrain. Il a pour objectif de tisser un lien confraternel d’artisans de paix tout autour de la terre. Il opère en donnant une ossature aux « Fraternités Artisans de Paix » qui en font l’exégèse, chacune à sa façon. Pour signifier ce mouvement d’une unité plurale en marche concrète vers la paix (7ème demeure spirituelle) a été inventée l’appellation Institut spirituel itinérant Artisans de Paix.
Nous disons qu’Artisans de Paix est :
Un Institut de Recherche Spirituelle Itinérant,
constitué par des personnes de religions différentes,
entre lesquelles se crée un Espace Éthique & Spirituel Artisans de Paix
où l’accouchement de l’âme de l’un se fait en compagnonnage avec celle de l’autre.
Le « Toucher de l’Esprit » est une expérience du corps, de l’esprit et de l’âme. Le corps, tout le monde voit de quoi il s’agit. L’esprit, c’est la conscience qui nous permet de penser le monde ou / et de contempler Dieu. L’âme, c’est l’esprit qui accède à la conscience de soi : lorsque cela se produit, la conscience vit une seconde naissance (cf. l’évangile de l’entretien de Jésus avec Nicodème, Évangile de Jean, chapitre 3). Dans les traditions de la Révélation, lors de cette seconde naissance, la personne reçoit un nom propre qui est une vocation. Le cœur, c’est l’union intime du corps, de l’esprit et de l’âme, d’où naissent les désirs, les pensées et les décisions. Du cœur, peut jaillir la connaissance de Dieu, en même temps que de soi, des frères et des sœurs. Chacun est invité à trouver une résonnance de cette expérience de la « connaissance » dans sa propre tradition et à en parler avec les mots qui sont les siens.
Le Monastère invisible des Artisans de Paix
Les Artisans de Paix, qu’ils soient juifs, chrétiens, musulmans ou bouddhistes, s’accordent en effet pour dire que la réalité ultime se manifeste dans les phénomènes. S’il y a manifestation, c’est bien parce qu’il y a de l’invisible qui se manifeste dans le visible. Dans la foi chrétienne, nous parlons de Dieu le Père invisible. qui se rend visible dans le Fils, par l’œuvre de l’Esprit. La finalité des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola, c’est de voir Dieu en toute chose. Mais cette finalité suppose bien des exercices pour y parvenir. Elle suppose bien des transfigurations de notre humanité.
Le Monastère invisible des Artisans de Paix est une expression mystique et poétique, chère aux Artisans de Paix, pour dire le chemin de ces transfigurations : il signifie la face invisible de l’Institut spirituel itinérant Artisans de Paix.
L’Institut spirituel itinérant Artisans de Paix, composé de ses membres rassemblés en Fraternités, est bien visible en effet : il donne à goûter et à sentir, pour soi et pour d’autres, l’engagement éthique et spirituel qui le fonde (cf. supra) et la ligne unitive de crête des Artisans de Paix, avec la règle stricte qui s’en suit (cf. supra). Cet engagement et cette ligne unitive de crête fondée sur une règle stricte, invisibles en soi, visibles pour soi et pour autrui dans l’Institut spirituel itinérant Artisans de Paix, suggèrent l’existence d’un Monastère invisible des Artisans de Paix, cette métaphore mystique et poétique, chère aux Artisans de Paix, qui suggère « l’unité invisible » de l’origine et de la destination des « Fraternités Artisans de Paix » dont la pluralité est bien visible.
Chaque Fraternité, en effet, est déterminée par le message spirituel dont une tradition particulière est dépositaire, sans en être propriétaire, puisqu’il est pour l’humanité tout entière. Il y a donc une distinction éprouvée des Fraternités Artisans de Paix : la « Fraternité toraïque », la « Fraternité eucharistique », la « Fraternité islamique » et la « Fraternité bouddhique » ; en même temps qu’il y a une interpénétration des « Fraternités » au sens spirituel du terme où les Artisans de Paix, en se portant mutuellement dans la prière, sont témoins et nourriture les uns pour les autres. Ce soutien mutuel dans la prière, sans syncrétisme ni confusion des valeurs et des traditions, suscité par la foi de chacun(e) en l’unité d’origine et de destination des « Fraternités Artisans de Paix », fait de celles-ci un « Monastère invisible », au sens mystique et poétique, cher aux Artisans de Paix.
L’expression « Monastère » évoque l’image d’un édifice clos, tandis que l’expression d’« Institut spirituel itinérant Artisans de Paix » exprime la réalité dynamique, subtile et aussi très concrète du Mouvement Artisans de Paix. Ces deux expressions sont en fait les deux faces d’une même réalité : la clôture est condition de l’approfondissement d’une tradition ; seul cet approfondissement peut conduire à la prise de conscience de l’unité d’origine et de destination de tous. Un monastère authentique a vocation d’ouvrir sur le monde. Et c’est précisément cette image une, de la clôture et de l’ouverture, qui dit bien qui nous sommes : unis (ouverts les uns sur les autres) sans syncrétisme (avec nos clôtures respectives).
La promesse d’un avenir
Dans ce « Monastère invisible », les Artisans de Paix marchent vers leur unité eschatologique, ce Corps pour l’Esprit qu’ils forment d’ores-et-déjà ensemble, dès lors qu’ils marchent vers leur unité d’origine et de finalité. Les réunions interreligieuses de prières sans syncrétisme ni confusion – dans l’esprit d’Assise : non pas prier ensemble, mais être ensemble pour prier – en sont l’expérience de base, les réunions dites « monastère invisible » l’expérience réfléchie, et les retraites interreligieuses Artisans de Paix l’expérience accomplie.
Dans ce « Monastère invisible », les Artisans de Paix s’engagent sur une voie socratique d’amour de la sagesse où l’accouchement de l’âme de l’un se fait en compagnonnage avec celle de l’autre, tandis que vient au monde l’espace éthique et spirituel de l’interlocution des Artisans de Paix ; ils s’engagent sur une voie de croissance en humanité, une voie de sanctification au regard de certains, ce qui est le but de toutes les religions ; ils s’y engagent en s’appuyant les uns sur les autres, avec la diversité des traditions représentées parmi eux, ce qui fait la singularité des Artisans de Paix.
Parce qu’on ne s’autoproclame pas Artisans de Paix, la Charte qui institue l’association Artisans de Paix en tant que « mouvement », suppose un Récit fondateur. Avec ce Récit émerge la Promesse des Artisans de Paix, de contribuer à la mise au monde d’un espace d’éthique et de spiritualité au cours de leurs rencontres.
La promesse de ce Récit devra être gardée en mémoire, si l’on veut que ces rencontres se pérennisent en Dialogues de Salut, de Sens et d’Action.
Cette Charte, adoptée à l’unanimité des Artisans de Paix rassemblés en Assemblée Générale, à Paris, le 17 décembre 2014, est accessible en page d’accueil du site www.artisans-de-paix.org.
Institutionnalisation de cette promesse
En 2015, l’association civile Artisans de Paix s’est donné de nouveaux statuts, faisant paraître l’existence de Fraternités Artisans de Paix, à charge pour chaque Fraternité, si elle le souhaite et le peut, de demander une reconnaissance canonique auprès de l’autorité de sa tradition susceptible de la lui accorder. Cette reconnaissance ne peut que donner du poids à l’association civile.
En 2016, Paula a constitué, avec l’aide du Pr hon Jean-Paul Durand op, un dossier qu’elle a envoyé au cardinal Farrell, préfet du dicastère pour Les Laïcs, La Famille et La vie. A la suite de quoi, elle a été reçue en 2017, avec François Lacoste, par le canoniste du cardinal Farrell, Dot Philip Milligan, à Rome. Celui-ci leur a dit : 1/ « L’Eglise veut ce que vous faites ». 2/ « Non seulement elle veut, mais elle a le devoir d’aider l’œuvre à se pérenniser et croître ». 3/ Après un audit, il a conclu : « Comme il y a des fondations pour préserver un patrimoine matériel, il y a des fondations pour préserver un patrimoine spirituel. » Et il a donné l’exemple de saint Ignace de Loyola et de la Compagnie de Jésus. Puis, il a continué : « Votre profil, c’est de demander la reconnaissance canonique d’une fondation pour préserver un patrimoine spirituel et d’une association de fidèles qui porte ce patrimoine ». Il a ajouté : « Ce patrimoine, il faut l’écrire ».
A Paris, le Pr hon Jean-Paul Durand op, a dit à Paula : « Le patrimoine spirituel est dans votre autobiographie ». Paula a donc écrit une Autobiographie spirituelle, qui fera partie du dossier de demande de reconnaissance canonique d’une fondation pour préserver le « patrimoine spirituel et intellectuel d’Artisans de Paix » selon le souhait de Jean-Paul Durand op, une fondation qui puisse accueillir des dons de mécènes afin de pouvoir décerner des bourses de recherche et attribuer des prix à des recherches faisant progresser le domaine de la fondation.
A titre heuristique, il peut être intéressant d’indiquer ici quelques éléments de cette Autobiographie, éclairant l’expérience du « Toucher de l’esprit ». Il y a dans la vie de Paula une unité de quête apparue dès la petite enfance. La première expérience qualifiée de mystique par un tiers, dans la vie de Paula, date du 16 juillet 1971.
« Quand Paula réfléchira à cette expérience première du 16 juillet 1971, elle parlera de « corps parlant » ou encore de « l’inconscient » comme d’une intelligence corporelle intérieure au conscient, plus grande que le mental.
Cette expérience première, goûtée et sentie par Paula dans l’intimité de l’être comme une expérience de « transfiguration » du monde en un « corps parlant », se révélera avec la suite de l’histoire être une propédeutique du « Toucher de l’Esprit » : ce lieu où l’existence coïncide avec l’être ; ce lieu où la matière assume l’ondulation ; ce lieu dont l’unité est union ; ce lieu où l’immobilité assume le maximum de mobilité ; ce lieu où l’identité communie avec l’altérité se révélant dans le corps de l’homme ou de la femme. […].
Cette expérience première de la connaissance (en soi, pour soi et pour d’autres) se révélera pour Paula, puis pour les Artisans de Paix, en une expérience corporelle de l’Esprit qui souffle d’où Il veut et où Il veut, ralliant les Artisans de Paix de religions, de cultures et de langues diverses, dès lors que les Artisans de Paix se mettent à l’écoute de la parole sans bruit de mots : contemplant dans le silence une Présence qui les transcende et les unit à la fois, dans le lieu mystique qui peut être celui de l’illusion mais aussi celui du salut ; d’où l’expression « marcher sur la ligne unitive de crête » des Artisans de Paix, afin d’éviter l’écueil de l’illusion. […]. »
Note 318 de l’épilogue de l’Autobiographie spirituelle de Paula.
Paula Kasparian,
Présidente – Fondatrice d’Artisans de Paix en tant que mouvement